Addictions

Qu’est-ce que l’addiction ?

L’addiction correspond à un terme épistémologique descriptif et objectif qui peut se définir comme la répétition d’un acte procurant du plaisir, qui s’accompagne de culpabilité, de souffrance psychologique et d’un désir d’arrêter cet acte, ceci dans une tentative de maîtriser la situation mais sans y parvenir. Cela concerne les addictions avec substance (drogues, alcool…), et les addictions sans substance – dites addictions comportementales – comme l’addiction au jeu d’argent, au sexe, à l’achat compulsif, et aussi aux jeux vidéo.

Les psychiatres et les psychologues utilisent le terme d’addiction pour définir un ensemble de symptômes et de comportements symptomatiques. Définir les critères diagnostiques d’un trouble consiste à une description clinique. Ainsi, une personne définie comme addict ne nous permet pas d’en savoir plus sur sa souffrance psychologique, sur son fonctionnement psychique, et il reste tout à faire : l’élaboration des conflits psychiques, la déconstruction des comportements addictifs, la mise en sens de ces actes répétitifs, etc.

 

Addiction et jeu vidéo

[EDIT du 19.06.2018] L’OMS reconnait depuis le 18 juin 2018 laddiction au jeu vidéo appelé Trouble du jeu vidéo, qui se caractérise par « un comportement de jeu persistant ou récurrent, en ligne ou hors ligne, qui se manifeste par 1) l’altération du contrôle du jeu (fréquence, intensité, durée…), 2) l’augmentation de la priorité accordée au jeu (si par exemple le jeu vidéo prend le dessus sur les autres intérêts de la vie et des activités quotidiennes) et 3) la poursuite ou l’escalade du jeu malgré l’apparition de conséquences négatives. » L’OMS précise qu’il faut que ce comportement soit « d’une gravité suffisante pour entraîner une déficience importante dans les domaines personnel, social, familial, professionnel, scolaire ou autre« , et que ce comportement soit retrouvé « sur une période d’au moins 12 mois« .

Il faut donc bien tenir en compte que les addictions aux jeux vidéo représentent les personnes qui délaissent une grande partie de leur vie réelle sur le plan social, scolaire, familial, vital ou autre. Elles intègrent le jeu vidéo dans leur vie, elles en ont besoin et ressentent un manque physiologique lorsqu’elles n’y ont pas accès.  Ces critères diagnostiques de l’OMS permettent de différencier ainsi entre les inquiétudes qu’un parent peut avoir pour son enfant par rapport à une pratique régulière du jeu vidéo, et celles pour une personne qui s’isole dans le jeu vidéo au point de désinvestir les autres aspects de sa vie, sur une longue période, sans pouvoir contrôler sa pratique. Ce profil de joueur est rare et concerne qu’une infime partie de la population des joueurs.

L’addiction au jeu vidéo est un sujet qui fait débat dans les discussions scientifiques. Dans tous les cas, les joueurs dits réguliers peuvent présenter une pratique excessive du jeu vidéo : cela peut se présenter par exemple à une pratique du jeu vidéo qui peut s’élever à plusieurs heures par jour. Dans ce cas-là, la pratique dite excessive du jeu vidéo est souvent une manifestation d’un mal-être psychologique qui nécessite d’être mis au travail. Le jeu vidéo n’a pas cette capacité toute-puissante de canaliser l’attention et la vie psychologique du joueur, c’est le joueur qui s’identifie dans les jeux auxquels il joue et qui se retrouve à nouer un rapport dépendant avec le jeu vidéo. Il est donc primordial de différencier addiction, pratique excessive et simple loisir.

Ainsi, concernant les inquiétudes plus modérées, il vaut mieux parler de dépendance ou de pratique excessive : ce sont des termes qui ne se réfèrent pas à la psychopathologie de l’addiction et qui font appel à des connaissances communes. La dépendance n’est pas nécessairement nocive : nous sommes tous dépendants de l’eau, de la nourriture, de l’oxygène, etc. Nous en avons tous besoin, et à l’ère de l’information et du numérique, nous devenons progressivement dépendants des outils numériques, comme le smartphone. Et en ce sens, il n’y a rien de mal, l’outil numérique apporte des aides précieuses, nous aident à communiquer à distance, à nous repérer dans l’espace-temps et à rester connecté avec le monde virtuel. Tout le monde n’est pas dépendant au smartphone, simplement le numérique est devenu un besoin de la société avec lequel il nous demande de nous y adapter.

Une dépendance devient nocive lorsque le rapport à l’objet prend le dessus sur les autres aspects de la vie. Cela n’insinue pas systématiquement que la personne délaisse tout le reste, simplement l’investissement massif pour l’objet de dépendance risque d’être source de souffrance psychologique.

 

Que faire face aux écrans ?

Au-delà des troubles graves de l’addiction, la pratique des jeux vidéo et la « surconnexion » aux écrans au sein du foyer familial restent des sujets de discussion difficiles. « On n’arrive pas à s’accorder sur un temps de jeu commun, on ne se met pas d’accord sur les jeux autorisés, on ne comprend pas ce qu’il se passe sur l’écran…« . Ce sont des inquiétudes légitimes ! Lorsque les écrans créent de la tension et des conflits dans la famille, il convient de consulter un spécialiste pour pouvoir élaborer et dénouer les dissensions. Il est important dans ces situations d’ouvrir un dialogue avec la personne concernée, c’est-à-dire de rester ouvert sur sa pratique et d’être à l’écoute. Étant donné que cela concerne l’outil numérique (smartphone, console, tablette…), il est possible qu’un fossé culturel et générationnel s’est crée entre les parents et les enfants : c’est pourquoi il est d’autant plus important que le dialogue soit ouvert, de savoir négocier les temps de jeu (après tout, le travail de l’adolescence est un travail de négociation !) et de s’intéresser à ce qu’il fait ! Le jeune est poussé à l’isolement social surtout lorsqu’il a le sentiment de ne pas être compris et de ne pas pouvoir partager ces loisirs et passions avec les autres. S’intéresser à ce qu’il joue et jouer avec lui sont des actes positifs et thérapeutiques. Si le dialogue n’est pas possible, consultez votre médecin traitant qui vous référera si nécessaire à un spécialiste (psychologue, psychiatre…) ou consultez directement un psychologue de votre choix qui vous aidera dans votre difficulté.